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Dinah (1934)

il y a 9 ans 6 mois - il y a 9 ans 6 mois #1051 par maxprod
Dinah (1934) a été créé par maxprod
Nous sommes ici dans une des toutes premières sessions d'enregistrement du QHCF. Nous sommes à Paris en décembre 1934 et le Quintette enregistre alors 3 titres pour Ultraphone : Dinah - Tiger Rag - Lady Be Good (dans l'ordre de la session). A la barre nous avons Stéphane et Django qui sont accompagné par le fidèle "Nin-Nin" (Joseph Reinhardt) et du solide Roger Chaput à la pompe ainsi que Louis Vola à la basse. Django, dans sa flemmardise légendaire, avait du être réveillé et amené au studio. Dinah fut le premier titre enregistré et malgré un problème de heurt contre le micro (du violon ou de la guitare), Stéphane et Django décidèrent que la prise valait le coup et ne souhaitèrent pas faire de seconde prise. On regrettera toutefois la médiocrité de l'ingénieur son de l'époque qui enregistra à un niveau faible résultant d'un rapport signal/bruit assez violent.

Il faut préciser que le Quintette était considérer comme "trop moderne" à ses débuts. Tant au niveau de son répertoire que de son acoustique. En effet, sans faire d'amalgame entre les styles musicaux, le "Django Reinhardt et le Quintette du Hot Club de France avec Stéphane Grappelli" c'était en quelque sorte le "The Jimi Hendrix Experience" de l'époque. Toutes mesures gardées. Le son du Quintette surprenait les ingénieurs du son de l'époque et on imagine bien que le "coup de patte" de Django appuyé par la triangulaire 2 guitares / 1 basse devait produire un son assez surprenant qui est malheureusement très difficile d'apprécier à partir des enregistrements fait à l'époque.

C'est un peu ce qui caractérise la magie de cette époque. On est loin de l'industrie du disque post 50's, un voir deux micro d'"ambiance" de qualité toute relative à la technologie du moment (c'est à dire avec un spectre d'une étendue assez médiocre), des locaux non-adapté à la captation sonore qualitative et un procédé d'enregistrement archaïque. Quand la cire était bonne c'était dans la boite. Seul les disques enregistrés à Paris ou à Londres pour le label Decca furent systématiquement enregistré en 2 prises, méthodologie de précaution. Cela nous permet d'apprécier différentes prises consécutives comme par exemple le "My Sweet" du 31 Janvier 1938 et son break légendaire "Est-ce que Mr Vola voudrait faire un solo ?" (par Django) qui sont toutes les deux d'excellentes prises et riches d'enseignements.

En principe ma version du solo est correcte, elle s'approche un peu plus de l'original que des versions professionnelles publiées comme celle de Hal Leonard qui reprend le solo comme l'avait publié Stan Ayeroff en solfège il y a plus de 30 ans (1978). J'utilise de nouveau la même astuce pour les sections jouées "straight" (voir le topic sur Minor Swing) et globalement je déploie un peu plus horizontalement sur la chanterelle dans l'esprit de Django. Les doigtés peuvent être modifiés facilement sous Guitar Pro (ALT + flèche haut / flèche bas sur la note concernée pour un déplacement respectif sur la corde supérieure ou inférieure) afin de produire des doigtés qui vous conviennent le mieux.

Il est clair que les techniques de Django développée suite à son accident sont encore sujet à discussions de nos jours. Les rares vidéos de Django nous laisse entrevoir quelques pistes (cf. Jazz Hot 1939) mais ça reste stupéfiant sur certains titres (exemple : solo de Runnin' Wild 1937). Sa synchronisation main gauche / main droite est telle que les démanches en quasi trémolo sont spectaculaires. Son jeu en octave est source de mystère également, quels doigts utilisait-il ? index et majeur ? ... sacré écart quand même. Au-delà des écarts impressionnant, la précision digitale avec une telle souplesse mérite l'attention comme dans les moulinets qu'on trouve par exemple dans le solo de "Appel Indirect" (1938) ou même beaucoup plus tôt avec un plan similaire dans "Chinatown, My Chinatown" (1935) et cela laisse rêveur.

Je me demande, étant donné que Django ne savait ni lire, ni écrire - encore moins de la musique, si son jeu ne doit pas être analysé de façon plus "géométrique" qu'"harmonique/mélodique". Sous-entendu qu'étant donné que tout le monde s'accorde à dire qu'il s'est rééduqué à l’hôpital de façon assez surprenante (les docteurs étaient médusé de le voir jouer de la gratte alors qu'il ne donnait pas cher de la mobilité de sa main), et que certains guitaristes prétendent qu'il est plus simple pratiquement de jouer Django a deux doigts qu'avec quatre (là ça sous-entend que le guitariste détiendrait tout les secrets du manouche ce dont je doutes). En somme, au-delà de l'oreille et de l'intelligence musicale inhérente à la tradition de transmission orale chez les manouches, il est toutefois question de chemin, de route empruntées sur le manche pour produire son phrasé.

Une chose qui est certaine c'est qu'avec une Selmer-Maccaferri ou pas, si on joue la phrase au mauvais endroit (3 variations possibles en général sauf dans les notes les plus basses bien sur), elle n'aurait pas le même impact loin de là. Souvent on adapte les plans de façon à les jouer aisément sur son instrument, mais on perd parfois le logique du phrasé originel. Une chose qui est certaine à ce jours, c'est qu'après avoir transcrit moi-même des centaines de titres de Django, je peux entrevoir une certaine logique, mais aussi une très nette évolution de son jeu. Le Django de 1934 n'a rien a voir avec le Django de 1953. Et c'est bien normal, le Jazz était une forme musicale en pleine (r)évolution et par Django on peut observer justement cette évolution sous un angle bien particulier.

A tantôt pour d'autres aventures historiques

Score complet disponible sur demande.

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